Chaque fois que le train passe
Jeudi quatre mai, quelqu'un s'est jeté sous le train Marseille-Lyon de milieu d'après-midi.
Nous n'étions pas encore à Valence, au micro on nous a parlé "d'accident de personne". Toutes les vitres ont été ouvertes, même celles des couloirs, pour respirer en grand. Les paquets de cigarettes ont quitté les poches et tout le monde s'est accoudé pour sortir la tête. Les rideaux du compartiment étaient rouges foncés, il y avait un homme qui allait jusqu'à Genève et qui m'a tutoyée tout de suite. Le corps était moite, inquiet, se dire il y a quelqu'un, là, là, qui s'est jeté sous mon train, là, aujourd'hui.
Il y aura eu les bouteilles d'eau distribuées, les pompiers et gendarmes et médecins et. Il y aura eu le grillage descellé, les voies traversées et tous ces hommes et ces femmes avec paquets, sacs, vélos, instruments de musique et vestes à la main ou aux pieds. Il y aura eu l'attente, encore. Il y aura eu cette jeune femme rousse, longs cheveux fins qu'elle savait si bien retenir, taches de rousseur et corps très mince, cigarettes et jupon noir, débardeur fleuri et un vélo. Personnage de roman.
Il y aura eu les bus et l'autoroute jusqu'à Lyon, la chaleur, la barre dans le front, la fatigue d'être là. L'idée que quelqu'un s'est tué sous notre train. Cette pensée qui ne nous quitte pas.
Il y aura eu les deux heures de retard, le parking des bus de la Part-Dieu, l'arrivée de Maxime. Autre chose qui commence, à raconter plus tard. Mais je sais qu'à présent j'aurai peur en train.
| |
envole-moi
|
Ca m'est arrivé, aussi, il y a un peu plus d'un an. La peau moite après et l'attente, le bus, les inconnus desquels on se rapproche, et. Comme je te comprends.
|
à 17:06