Comme une odeur de fête
Au sortir de l'église russe, l'encens nous parfumait encore le corps et la tête, c'était incessant et entêtant, quelque chose qui s'accroche. Je n'avais pas voulu entrer pendant l'office, on nous a fait signe. C'était très beau, les chants et les bougies, les gestes et les regards offerts, les baisers aux icônes, l'apaisement. Un autre univers.
Le matin, le tramway de la ligne douze était assez vide, je m'étais trompée pour les tickets et on frodait tranquillement pour descendre Place Neuve. Genève obligeait encore au foulard alors qu'on errait dans la ville haute. Je reconnaissais les lieux, les pavés émiettés sur lesquels j'avais marché quelques mois auparavant. Peu avant, il y avait eu l'appartement à la lumière douce, les maisons de Carouge et la voix tant répetée de ma soeur au téléphone.
On s'est tous retrouvés devant la cathédrale, ballerines quittées depuis un banc.
En arrivant sur la place, les talons de ma soeur claquaient, ma mère me disait qu'il fallait prendre les gens comme ils étaient. Je n'ai pas parlé de toute mon admiration et de toute ma tendresse, je n'ai pas parlé de tout ce que je ressentais de plus en plus. Il me semble que ça ne se dit pas vraiment.
La journée a Genève a eu des pas aux paroles et retrouvailles, et c'était bien.
La veille, table ronde et nappe blanche, c'était important.
Le soir, la scène se déployait devant la façade du château, chaises et gradins, parapluies ouverts dans l'attente pour un peu plus de couleurs. Le pull était à col roulé et le manteau d'hiver, je suis restée debout, parapluie calé pour pouvoir applaudir, et je souriais de le voir jouer, de les voir tous puisqu'après tout il nous en avait parlé. La pluie vous change une représentation, les embrassades à la fin sont humides mais tendres, l'attente dans la voiture a connu des serviettes de toilette, des biscuits, des récits. Une émotion.
A vrai dire, samedi soir aussi, c'était bien.