
Les jours s'organisaient selon les pièces que l'on choisissait. Résumés lus à voix haute, coups de fil pour réserver, et rien ne commençait vraiment avant seize heures, alors les minutes s'égouttaient. C'était une fausse attente.

Les salles de théâtre connaissaient toutes les pieds qui se marchent un peu dessus, l'envie, la fatigue après avoir marché longtemps. Toutes les deux, on le suivait sans rien dire, et on arrivait toujours où il fallait. Sièges rouges, vieux fauteuils, salles pleines à craquer avec strapontins ou vide qui ne rassure pas vraiment.

Quand on sortait on ne parlait pas forcément, il fallait attendre un peu, serrer un bras, sécher des larmes, habituer les yeux à la lumière ou à la rue, comprendre que c'était terminé. Puis les avis fusaient après quelques questions.

Place de l'horloge elle portait une robe noire, et puis il y aura eu la soirée de lundi, la pièce annulée par la grève et ce bout de terrasse en-dessous des affiches à laisser courir le temps. Elle avait les yeux bridés et la voix haute, des commentaires sur des passants qui s'avéraient être des metteurs en scène, et finalement, beaucoup de tendresse.

Parfois on s'est installé pour boire un d'mi citron comme dans la chanson, ou bien on ralentissait nos pas pour observer un gosse dansant aux pieds d'un accordéoniste. Parfois on ne comprenait pas une discussion et il était plus de trois heures du matin. Parfois on volait des affiches, et le lendemain on écrivait chacune l'une à côté de l'autre.

D'autres fois on serrait la main d'un médecin et on passait de longues minutes sur des marches à ne pas savoir quoi dire. D'autres fois on nous offrait des pêches et nous, on offrait de la confiture et du café. D'autres fois encore on bavardait avec un violoncelliste.

à 22:39