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Décembre 2005 : 2 articles
Septembre 2005 : 1 article
Et je viens Vous dire que j'ai rien à dire Mais qu'on respire mieux là-bas
    Le douze septembre, dans un article que je n'ai pas posté, j'avais écrit ça : "C'est un peu comme une noyade qu'on accepterait, les vagues nous font nous débattre dans un vide, le courant nous entraine, et on se tait." J'étais très apaisée en écrivant cette phrase, parce que je parlais de quelque chose que je contrôlais. Là j'ai un peu beaucoup peur.

    Rien n'importe vraiment. Je suis retournée au lycée aujourd'hui, après plusieurs jours passés à la maison. C'était étrange le café du matin, le bus, les salles. Le portail barricadé de planches et de cagettes. Le vote à propos du blocage. Le résultat. Autour, les autres s'énervent beaucoup, et j'ai l'impression de ne plus savoir faire. Je n'accepte pas ce qu'il se passe mais je ne m'énerve pas. A vrai dire, tout me fatigue un peu.

    La caféine ne me fait aucun effet, j'ai des cernes immenses. Ces derniers jours je ne suis pas trop sortie, et tout était en suspension. Mes manques de forces étaient répétitifs, j'ai dormi avec le chat, révisé mes cours et attendu. Je refaisais du café souvent.

    Rien n'importe vraiment. J'ai beau dire que le bac m'ennuie, je le révise. De temps en temps quelqu'un me demande quelle mention je vise, et je réponds que je vise mon bac, et que ça me suffit. Soit la personne se tait, soit elle insiste, mais en tout cas, aucune des deux ne comprend. C'est horrible n'est-ce pas que de ne pas vouloir plus ? Je veux plus, mais pas plus de ça. C'est inconcevable ? Excusez-moi, mais c'est moi qui ne comprends pas.

    Et puis j'ai essayé de calculer ma moyenne du trimestre avec les coefficients, et je n'ai pas réussi, ça faisait un nombre abracadabrantesque. Alors ces histoires de chiffres...

    Je me dis qu'après les obligations des prochains mois, rien n'importera vraiment. Je ne sais pas ce qui importe, je n'arrive pas à le saisir. C'est désagréable d'avancer de cette façon, et même si je tends les bras je ne touche rien. Quand certains s'inquiètent de partir en septembre, je hausse les épaules. Ce sont les aînés et ils ont peur, je suis la cadette et ça ne m'effraie pas. Ce n'est pas cela qui m'effraie, après tout on le sait depuis longtemps, qu'on partira, non ? Ce qui m'effraie c'est plutôt moi, ma lassitude, ma lâcheté et la façon dont je sais si bien envoyer les choses voir ailleurs.

    Ce qui m'effraie, c'est de m'éloigner de ma mère, et de retrouver, comme à l'époque de l'internat, les mêmes coups au coeur que quand je rentrais.
Je sais que je prends ses gestes et ses intonnations, je suis toute d'elle, entière, et dans mes mouvements je la vois. J'ai un peu beaucoup peur.

    Je veux me débarrasser de toute la pudeur qu'on a mis en moi.
Ecrit par mllevie, à 20:34 dans la rubrique "De rien".

Commentaires :

  Kohva
Kohva
02-04-06
à 10:56

"Clown", Henri Michaux

Un jour.


Un jour, bientôt peut-être.


Un jour j'arracherai l'ancre qui tient mon navire loin des mers.


Avec la sorte de courage qu'il faut pour être rien et rien que rien, je

lâcherai ce qui paraissait m'être indissolublement proche.


Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai

dégringoler.


D'un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables

combinaisons et enchaînements "de fil en aiguille".


Vidé de l'abcès d'être quelqu'un, je boirai à nouveau

l'espace nouricier.


À coups de ridicules, de déchéances (qu'est-ce que la

déchéance?), par éclatement, par vide, par une totale

dissipation-dérision-purgation, j'expulserai de moi la forme qu'on croyait si

bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon

entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.


Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement

parfait comme après une intense trouille.


Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang

infime que je ne sais quelle idée-ambition m'avait fait déserter.


Anéanti quant à la hauteur, quant à l'estime.


Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

 

CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l'esclaffement, le sens

que contre toute lumière je m'étais fait de mon importance.


Je plongerai.


Sans bourse dans l'infini-esprit sous-jacent ouvert à tous,


Ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée


à force d'être nul


et ras...


et risible...





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