Le rythme a repris, je note des vers sur mes copies très fines, mes ballerines me donnent un air de vraie fille et mes longs foulards me
rassurent. Le surréalisme m'ouvre des portes à peine inconcevables, il
me semble que je respire mieux, je suis plus maladroite qu'avant, plus
tête en l'air et mes rires se multiplient mille fois trop mais ça m'est
égal, des portes s'ouvrent, je passe des heures le stylo encre en
équilibre à noter calmement. Oui, je respire.
Le
printemps naît et je m'étonne de toutes les fleurs. Je me sens apaisée. Les enveloppes de mes lettres
sont de couleurs, et j'écris toujours à l'encre bleue. Je corne les
pages de mes livres et souligne quelques phrases au crayon gris en
annotant la page au tout début.
Ce soir j'ai enlevé mes ballerines pour le dernier quart d'heure du
bus, et je me suis recroquevillée pieds sur le siège pour lire Les lettres à Milena. J'ai chuchoté les mots de Kafka.